Le chantier de la défense de Tottenham 2

Le chantier de la défense de Tottenham

Si l’arrivée de Mourinho a pu relancer la machine offensive en insufflant un nouveau souffle à Dele Alli, l’organisation défensive demande encore du travail. Comment en est on arrivés là, après avoir été parmi les meilleures défenses du pays? Eléments d’explication au fil des saisons.

Un chantier mené à bien

Comme il semble loin, le temps où Tottenham se targuait d’avoir la meilleure défense du Royaume. Chantier majeur de la première saison de Pochettino en 2014/2015, qui avait vu les Spurs concéder 53 buts en championnat, l’Argentin s’est vite attelé à répondre à ce défi. En plus de Kevin Wimmer, recruté pour 5 millions d’euros en provenance de Cologne, Pochettino va chercher Toby Alderweireld à l’Atletico pour 11 millions d’euros dès l’été 2015, après sa très bonne saison en Premier League en prêt du côté de Southampton. Véritable alter-ego droitier de Vertonghen, il forme immédiatement une charnière centrale solide avec son ex-coéquipier de l’Ajax. Cela permet à Pochettino de repositionner Dier en numéro 6 flexible, encouragé à redescendre entre les deux centraux pour apporter le surnombre et les libérer du pressing afin d’exploiter leur qualité de relance. Résultat : 35 buts concédés en 2015-2016 (dont 5 lors de ce fameux 5-1 à Saint James Park lors de la dernière journée, judicieux de le préciser). Les premières bases sont posées.

La défense à l'air Pochettino
Dier redescend en défense entre les deux centraux qui s’écartent et relancent

La saison 2016/2017 sera encore plus époustouflante : après la sortie prématurée de la Champions League, Pochettino se montre plus flexible sur son système de jeu, n’hésitant pas à expérimenter avec la défense à 3 pour replacer Eric Dier en défense centrale et profiter de la solidité du roc Victor Wanyama – fraîchement débarqué de Southampton – en face de la défense, dans un duo très complémentaire avec Mousa Dembélé. Cette configuration défensive permet aux virevoltants Kyle Walker et Danny Rose de vivre leur meilleure saison au haut niveau, ne se faisant pas prier pour se joindre au spectacle offensif et comblant par la même occasion les décrochages dans les demi-espaces d’Alli, Eriksen, Son ou Lamela. Les Spurs se distinguent ainsi par leur pressing tout terrain, qui sèvre l’adversaire d’occasions de buts, en témoigne ce choc contre Manchester City qui voit des Spurs étincelants l’emporter sur le score de 2-0. Sans surprise, cette saison sera la meilleure de l’ère Pochettino autant sur le plan offensif que défensif, puisque les Spurs finissent deuxièmes avec la meilleure attaque et la meilleure défense du championnat (26 buts concédés en 38 matchs de championnat, seulement 9,2 tirs concédés par match en moyenne).

Renouveau et paris ratés

La saison 2017/2018 voit le club casser la tirelire pour rajeunir sa défense et combler les départs. Après deux saisons au club, Kevin Wimmer est cédé à Stoke City et Davinson Sanchez, le roc colombien de l’Ajax âgé de 21 ans, est recruté pour 45M€ (record du club à l’époque). Le club parvient aussi à coiffer le PSG au poteau pour s’offrir les services du très prometteur Juan Foyth, en provenance d’Estudiantes La Plata. Si Foyth est encore trop tendre pour être lancé en Premier League, Davinson quant à lui s’impose d’entrée de jeu au coeur de la défense des Spurs, profitant notamment de la blessure aux ischio-jambiers d’Alderweireld pour conforter son statut de titulaire indiscutable. La fougue et le jeu physique de “Patron”– comme le surnomment affectueusement ses coéquipiers – sont des attributs qui plaisent au coach argentin qui l’installe aux côtés du serein et expérimenté Jan Vertonghen. 

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Davinson Sanchez arrive dans les derniers jours du mercato 2017 pour 45M€

Au poste de latéral droit, le départ du dissident Kyle Walker pour Manchester City est pallié par l’arrivée de Serge Aurier, que Pochettino estime plus taillé pour la Premier League que Ricardo Pereira, longtemps sur les tablettes du club. Il n’en sera rien, et ce sera Kieran Trippier – recruté une saison auparavant à Burnley – qui occupera le plus souvent le couloir droit en raison des performances erratiques de l’international ivoirien (comme ce huitième de CL aller où il sert deux pénaltys sur un plateau à la Juventus). De l’autre côté, la blessure de Danny Rose, contractée en Fevrier 2017 face à Sunderland, l’eloigne des terrains pour une longue durée mais cela ne convainc pas Pochettino et le board à se mettre en quête d’un latéral gauche pour l’avenir. Les racines du problèmes sont là. Pour la saison 2017/2018, le natif de Murphy se contente donc de miser sur le gallois Ben Davies, appliqué défensivement mais bien moins porté sur l’offensive que l’anglais, qui passera pratiquement toute la saison à l’infirmerie (seulement 17 matchs joués en 2017/2018). Tottenham ne renouvelle pas les exploits défensifs de la saison 2016/2017 mais reste une équipe peu perméable, malgré des débuts compliqués à Wembley (36 buts en 38 matchs, 9,4 tirs/match en moyenne).

Des individualités en berne dans un groupe en bout de course

La saison suivante voit s’amorcer un lent déclin défensif qui s’explique par plusieurs raisons. Les latéraux – longtemps considérés comme les symboles du dynamisme de Tottenham – sont sous le feu des critiques. Ne parvenant plus à faire la différence offensivement, leurs carences défensives sont bien plus visibles. Kieran Trippier, gêné par des blessures tout au long de la saison 2018/2019, est auteur de performances en demi-teintes et se voit donc autorisé à partir pour l’Atletico Madrid à l’été 2019. L’irrégulier Serge Aurier se transforme en erreur de casting qui passe son temps à l’infirmerie et ne prend part qu’à 17 matchs toutes compétitions confondues lors de la saison 2018/2019. Plus récemment, lors du Derby face à Arsenal en Août dernier, Pochettino n’avait pas hésité à titulariser Davinson Sanchez à l’Emirates en lieu et place de l’ivoirien, déjà sur le banc face à Newcastle au profit du jeune Kyle Walker-Peters. Le flanc gauche de la défense ne se porte guère mieux. Si Davies reste un joueur de rotation relativement fiable sans être flamboyant, Danny Rose n’est plus que l’ombre de lui même depuis son retour sur les terrains après sa grave blessure au genou. Cette saison, les espaces entre les centraux et les latéraux sont des points d’accès rapides vers les cages des Spurs que les adversaires n’hésitent pas à emprunter.

Par ailleurs, les blessures de plusieurs cadres et le vieillissement global d’un effectif peu renouvelé (16e effectif le plus vieux de Premier League en 2019/2020) oblige Pochettino à édulcorer sa philosophie de jeu, préférant une approche plus pragmatique. Exit le pressing haut qui n’est plus tenable sur la durée pour un effectif n’étant plus capable d’enchaîner les efforts. L’indicateur Passes Per Defensive Action (PPDA) ne ment pas : si celui-ci était de 8.2 PPDA en 2015/2016, il remonte à 10.9 en 2018/2019, preuve de la baisse d’intensité dans le pressing des Spurs. Le 4-2-3-1 préférentiel de l’argentin laisse la place à un 4-3-1-2 ou 4-4-2 en diamant s’organisant le plus souvent avec Harry Winks en rampe de lancement devant la défense, Sissoko en relayeur droit, Eriksen en relayeur gauche assez libre et Alli à la pointe du losange. 

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Le 4-4-2 « diamond » de Tottenham 

Expérimenté au début de la saison 2018/2019, notamment face à Manchester United en championnat, pour profiter de la bonne forme d’un Lucas Moura associé à Kane sur le front de l’attaque, le “Diamond” devient le système de prédilection dans la deuxième partie de saison dernière compte tenu du personnel disponible.

Si ce système permet d’offrir un jeu plus direct et à même de répondre aux exigences de la Ligue des Champions, il n’apporte pas la protection nécessaire à la charnière vieillissante des Spurs composée d’Alderweireld et Vertonghen. Il oblige les milieux relayeurs à couvrir énormément de terrain afin de combler les espaces laissés par des latéraux que Pochettino souhaite voir très haut sur le terrain. Le recrutement de Tanguy Ndombele l’été dernier ne permet pas de résoudre ce problème, le français étant encore trop juste physiquement pour multiplier les efforts défensifs. Dans ce contexte, la déculottée infligée par le Bayern à domicile (2-7) n’est que la faisceau de lumière qui met en évidence tous les problèmes de l’organisation défensive des Spurs, en plus du manque de cohésion d’un groupe épuisé mentalement et physiquement.

Le chantier qui attend Mourinho se rapproche de celui qui attendait Pochettino à son arrivée. S’il est conscient qu’il peut perdre son duo de défenseur belge à la fin de la saison, il a d’ores et déjà effectué des ajustements tactiques pour s’adapter au mieux à son personnel cette saison. Le fait de passer à une défense à 3 en phase offensive, autorisant Serge Aurier à se projeter offensivement, et la réinstallation de Dier en sentinelle devant la défense devrait, au moins pour cette saison, permettre de ramener une stabilité inespérée. Le choc contre Manchester United ce Mercredi devrait nous apporter plus de réponses sur la future défense des Spurs version Mourinho.

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